REACH : 9 ou 54 millions d’animaux sacrifiés ?
Quelle est la quantité totale d’animaux sacrifiés à cause de la réglementation REACH ?
La période estivale a été perturbée par cette polémique lancée par Thomas Hartung dans son article publié dans Nature en août 2009. D’après son estimation, c’est 54 millions d’animaux et non pas 9 millions, comme l’avait estimé la Commission Européenne, qui seraient sacrifiés sur l’autel de la sécurité humaine et environnementale. Certains sont même allés jusqu’à citer le chiffre de 200 millions d’animaux.
Qui faut-il croire ? Comment expliquer une telle différence ? Qui manipule qui ?
Tout est parti du nombre très important de dossiers de pré-enregistrement (150 000 environ) enregistrés sur le site de l’ECHA (Agence Chimique Européenne en charge du règlement REACH) alors que l’on ne s’attendait qu’à environ 30 000 dossiers. L’arithmétique faisant le reste : 5 fois plus de substances à tester = 5 fois plus d’animaux à sacrifier. CQFD !
La commission a bien sûr très vite réagi en publiant plusieurs communiqués de presse pour corriger l’erreur.
Bien que personne ne puisse dire avec précision combien d’animaux seront au final sacrifiés, on peut avancer ces contre arguments, qui, s’ils ne changent rien au caractère ‘dramatique’ du sujet, permettent de relativiser l’importance des recours aux tests sur animaux.
L’estimation revendiquée par T. Hartung, et reprise par tous les défenseurs des animaux ou des opposants à REACH, peut être réfutée à partir de ces trois arguments :
- Premier argument : Il y a une surestimation du nombre total de substances chimiques qui devront réellement être enregistrées et qui donc nécessiteront le recours à des tests sur animaux.
- Il y a bien eu 140 à 150 000 enregistrements, mais le nombre de substances différentes (nécessitant un dossier séparé) ne sera que légèrement supérieur à l’estimation initiale de 30 000 substances. Pourquoi cela ? Tout simplement parce de nombreuses compagnies ont enregistré la même substance, parfois sous des noms différents ; par ailleurs, certaines substances enregistrées n’avaient pas besoin de l’être, sans parler de certaines agences peu scrupuleuses qui se sont amusées à enregistrer la liste EINECS au complet… En fin de compte personne ne sait encore avec précision quel est le nombre total de substances, mais le chiffre final ne devrait pas être trop éloigné de l’estimation initiale.
- Toutes les substances ne nécessitent pas le même détail d’information et donc le même recours à des tests sur animaux.
- Deuxième argument : La réglementation REACH encourage l’utilisation de méthodes alternatives comme le regroupement de substances par famille, le ‘read-accross’, les QSAR (prédiction d’une toxicité à partir de données connues), le bon sens (weight of evidence), l’absence d’exposition, et le recours aux tests sur cultures de tissus (in-vitro).
- Les règlements précédents étaient prescriptifs (obligation de générer une donnée expérimentale), alors que REACH permet une approche scientifique raisonnée. C’est d’ailleurs un des éléments les plus novateurs de cette réglementation. Si l’on peut justifier qu’une donnée expérimentale n’est pas nécessaire, le dossier pourra être accepté. Une telle justification requerra de solides arguments, mais c’est possible.
- De plus, la génération des tests les plus controversés est soumise à autorisation préalable de la part des autorités européennes, pour éviter justement que tout le monde se précipite pour tester sa substance.
- Troisième argument : les industries possèdent déjà de nombreuses informations sur les substances qu’elles utilisent, au moins pour celles qui sont potentiellement dangereuses. Ces données ne sont certes pas publiques, mais elles existent.
- Faire croire que l’industrie a volontairement utilisé des milliers de substances sans rien savoir de ses propriétés est un non-sens, ce qui bien entendu ne doit pas la dédouaner de démontrer que leur utilisation est sûre pour l’homme et pour l’environnement. De plus, l’industrie a l’obligation de mettre toutes ces informations en commun (avec les autres fabricants) pour éviter de tester inutilement les substances.
Ceci étant dit, il est certain que REACH va générer un nombre très important de tests expérimentaux sur animaux. Mais c’est probablement le prix à payer pour une industrie chimique propre et une population libre de décider des molécules qu’elle veut avoir dans ses produits. Ceux qui pensent que la chimie verte permettrait de ne pas tester sur animaux se trompent là aussi lourdement. Il y a des milliers de substances toxiques dans la nature et si on se met à les utiliser dans nos shampoings, crèmes et autres produits cosmétiques ou de nettoyage, il faudra s’assurer qu’elles sont, elles aussi, inoffensives pour l’homme et l’environnement. C’est l’accumulation de substances en un point donné qui constituera un risque potentiel, pas le fait qu’elle soit d’origine végétale ou pétrochimique.
Liens utiles: http://echa.europa.eu/news_en.asp


