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Taxe poubelle : mesure de facilité ou d’ efficacité?

Le tribunal fédéral a décidé qu’en Suisse Romande aussi, les communes vont devoir appliquer le principe du « pollueur-payeur », ce qui va se traduire typiquement par l’introduction d’une taxe poubelle et devrait permettre d’améliorer le taux de recyclage. Un comparatif européen montre que la Suisse produit beaucoup de déchets par habitant et que nos voisins ne se contentent pas d’augmenter le recyclage, mais adoptent des mesures visant à  réduire les déchets à la source.

En Suisse les déchets municipaux non recyclés sont incinérés en vue d’une revalorisation thermique. L’incinération est en soit un procédé qui coûte relativement cher. Si en plus on considère l’ensemble des coûts externes,  c’est-à-dire toutes les charges financières engendrées par les effets négatifs de la production, du transport, de la consommation et de l’élimination, l’incinération d’une tonne de PET par exemple coûte 200 francs plus cher que son recyclage. Les émissions de mercure, de dioxine et de gaz à effet de serre émis lors de l’incinération des ordures ménagères participent également à ces coûts globaux, tout comme le traitement et la mise en décharge des cendres résiduelles.

Mais le recyclage n’est pas si anodin non plus. En effet, la plupart des processus de recyclage consomment également de l’énergie, produisent aussi des émissions de polluants et de nouveaux déchets connexes, sans compter que pour bon nombre de produits, le recyclage se traduit par une perte de qualité, connu sous le terme de « downcycling ».

Mieux vaut réduire que recycler !

En effet, le « meilleur déchet » est celui qu’on ne produit pas. C’est pour cette raison que certains pays européens mettent la priorité sur la réduction des déchets.

Dans ce domaine, la Suisse est très mauvaise élève. En effet, avec en moyenne 702 kg de déchets produits par habitant et par an, la Suisse est le 2ème pays en Europe qui génère le plus de déchets municipaux après le Danemark. Alors qu’en République Tchèque un habitant produit en moyenne 316 kg par an et en Norvège 470 kg par an.

En 2006 déjà, on constatait en Suisse que la taxe poubelle ne permettait pas, avec les autres mesures prises en parallèle, de diminuer la production de déchets autant que souhaité. L’étude commanditée cette même année par l’OFEV pour l’élaboration d’une future politique fédérale en termes de gestion des déchets ne fait que très peu mention de la réduction des déchets à la source, même si l’OVEV écrit dans son rapport sur l’environnement 2011 « qu’il faut désormais s’efforcer de prendre des décisions favorisant les produits qui ménagent les ressources ».

Et nos voisins, comment font-ils pour faire mieux ?

Dès lors, on peut s’intéresser à ce qui se fait à l’étranger en termes de réduction des déchets. La France, tout comme la Nouvelle-Zélande, proposent par exemple des audits ou des outils informatiques gratuits permettant aux entreprises d’évaluer leur production de déchets, leurs sources et les moyens de les réduire. Dans la même idée, le “Petra WasteBenchmarking” à Helsinki, offre aux entreprises qui produisent le moins de déchets, le prix “Saver of Natural Resources”, un label utilisable pendant une année à des fins de marketing.

Encourager les entreprises à produire moins de déchets, c’est aussi leur permettre d’augmenter l’efficacité d’utilisation de leurs ressources, leur permettant ainsi d’augmenter leurs bénéfices. Découpler la croissance économique de la consommation de ressources, c’est en effet la base de l’économie verte, promue par le Commissaire européen en charge de l’environnement, Janez Potočnik, notamment en vue du prochain sommet des Nations Unies à Rio de Janeiro en juin 2012 pour le développement durable.

Créer la demande tout en éduquant le consommateur

Le système de la carte « Nu » testé à Rotterdam entre 2002 et 2004 est un autre moyen d’inciter commerçants et distributeurs à augmenter leur gamme de produits générant peu de déchets, tout en encourageant les consommateurs à faire des choix favorables à une société durable, aussi en termes de déchets. C’est en effet un système de fidélisation des clients et d’incitation à la « consommation durable ». La carte « Nu », permet de récompenser les consommateurs choisissant des produits éco-responsables, notamment générant peu de déchets ou pour des comportements durables, en permettant aux consommateurs d’accumuler des points. Ces points leur permettent ensuite de bénéficier de réduction sur des produits ou services durables en particulier – et c’est bien extraordinaire – par exemple des services de réparation. En parallèle, le consommateur devrait être mieux informé sur l’impact écologique des produits, comme le prévoit l’affichage environnemental en France.

L’avenir, c’est une société créant moins de déchets

Considérant la quantité totale de déchets produits en Suisse, il semble que  la réduction des déchets à la source est une approche que la Suisse pourrait promouvoir davantage, à l’image de certain de ses voisins. On constate que produire moins de déchets, c’est permettre des économies aux communes et à l’ensemble de la société. Car une société qui créer moins de déchets, c’est une société qui utilise ses ressources d’une manière plus efficace et aide son économie.

Par Laure Steiner Convers
Chef de projets

Retrouvez notre article dans le quotidien suisse romand “Le Temps” :

Une réponse à Taxe poubelle : mesure de facilité ou d’ efficacité?

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